Le calcul de la production de l’exercice constitue un élément fondamental de l’analyse financière d’une entreprise industrielle. Cette mesure comptable permet d’évaluer la totalité de la richesse créée par l’activité productive, indépendamment de sa commercialisation immédiate. Pour les dirigeants et les professionnels de la comptabilité, maîtriser cette computation s’avère essentiel pour piloter efficacement la performance opérationnelle. La production de l’exercice englobe non seulement les biens vendus, mais également ceux stockés et les investissements internes réalisés par l’entreprise pour ses propres besoins. Cette approche globale offre une vision plus complète de l’activité économique réelle de l’organisation.
Définition comptable et périmètre de la production de l’exercice selon le PCG
Le Plan Comptable Général français définit précisément le périmètre de la production de l’exercice dans ses articles fondamentaux. Cette notion englobe l’ensemble des biens et services créés par l’entreprise durant une période comptable, qu’ils soient destinés à la vente, au stockage ou à l’usage interne. La production se distingue du chiffre d’affaires par son caractère plus exhaustif, intégrant des éléments non directement générateurs de recettes immédiates.
La mesure de la production revêt une importance particulière pour les entreprises industrielles et de construction, où elle constitue l’indicateur principal d’activité. Contrairement aux entreprises commerciales qui privilégient la marge commerciale, les sociétés productrices analysent leur performance à travers cet agrégat spécifique. Cette distinction méthodologique reflète la nature différente des activités économiques exercées.
Classification des biens et services dans la production selon l’article 531-1 du PCG
L’article 531-1 du PCG établit une classification rigoureuse des éléments constitutifs de la production. Les biens manufacturés, les services rendus et les travaux réalisés constituent les trois catégories principales. Cette classification permet une comptabilisation homogène et facilite les comparaisons sectorielles. Les biens manufacturés comprennent tous les produits finis issus du processus de transformation industrielle.
Les services rendus englobent les prestations intellectuelles et techniques fournies par l’entreprise. Les travaux réalisés concernent principalement les activités de construction et d’aménagement. Cette catégorisation influence directement les méthodes d’évaluation et de comptabilisation appliquées par les entreprises.
Distinction entre production vendue, stockée et immobilisée
La production vendue correspond aux biens et services effectivement cédés à des tiers durant l’exercice. Elle constitue généralement la composante la plus importante du calcul global. Sa valorisation s’effectue au prix de vente facturé, déduction faite des rabais, remises et ristournes accordés. Cette composante génère directement des flux de trésorerie et contribue immédiatement au résultat de l’entreprise.
La production stockée représente la variation des stocks de produits finis et en-cours entre le début et la fin de l’exercice. Une augmentation des stocks constitue un élément positif de la production, tandis qu’une diminution la réduit d’autant. Cette variation peut résulter de fluctuations saisonnières, de stratégies commerciales ou de contraintes techniques de production.
La production immobilisée concerne les biens et services créés par l’entreprise pour ses propres besoins. Elle inclut notamment les équipements fabriqués en interne, les logiciels développés ou les constructions réalisées pour l’usage propre. Cette catégorie revêt une importance croissante dans les entreprises
industrielles et technologiques qui internalisent une partie croissante de leurs investissements. Comptablement, la production immobilisée est enregistrée au débit des comptes d’immobilisations concernés et au crédit du compte 72, ce qui augmente simultanément la production de l’exercice et l’actif immobilisé sans impact immédiat sur la trésorerie. Elle joue ainsi un rôle clé dans l’évaluation de la capacité d’investissement interne et de la stratégie de développement à long terme.
Traitement comptable des travaux en cours selon la norme CRC 2004-06
Les travaux en cours occupent une place particulière dans le calcul de la production de l’exercice, notamment dans les secteurs du bâtiment, de l’ingénierie et des projets longs. La norme CRC 2004-06 impose une évaluation au coût de production selon le degré d’avancement des contrats. Autrement dit, les prestations partiellement réalisées mais non encore facturées doivent être comptabilisées comme des en-cours de production.
Concrètement, la méthode dite de l’avancement consiste à reconnaître la production au fur et à mesure de l’exécution des travaux, en s’appuyant sur des indicateurs objectifs : heures passées, coûts engagés, jalons techniques ou pourcentages de réalisation. Cette approche évite des à-coups artificiels de résultat entre deux exercices successifs. Elle permet également de rapprocher plus fidèlement la production de l’exercice de l’effort réellement consenti par l’entreprise.
À l’inverse, la méthode à l’achèvement ne reconnaît la production qu’une fois la prestation intégralement réalisée. Elle reste autorisée dans certains cas, mais elle est souvent moins représentative de la réalité économique pour les contrats pluriannuels. Le choix de la méthode doit être documenté, appliqué de manière constante et validé avec l’expert-comptable ou le commissaire aux comptes pour garantir la fiabilité des états financiers.
Intégration des subventions d’exploitation dans le calcul de production
Les subventions d’exploitation peuvent, dans certaines situations, être intégrées au calcul de la production de l’exercice. C’est notamment le cas lorsque ces aides publiques compensent une insuffisance de prix de vente ou visent directement certains produits ou services. Dans ce cas, elles sont enregistrées en produits d’exploitation et viennent compléter la production vendue, car elles participent à la valeur économique créée.
En revanche, les subventions d’équilibre, qui visent à compenser un déficit global d’activité, ne sont pas rattachées à une production spécifique. Elles ne s’analysent donc pas comme de la production au sens strict, même si elles améliorent le résultat d’exploitation. Il est essentiel de distinguer ces différentes catégories pour ne pas surévaluer artificiellement la production de l’exercice.
Dans la pratique, vous devrez examiner attentivement les décisions d’attribution et les conventions de subvention. Les informations qu’elles contiennent permettent de qualifier la nature de l’aide et son traitement comptable approprié. En cas de doute, un échange avec votre expert-comptable s’impose, car une mauvaise classification peut fausser aussi bien vos soldes intermédiaires de gestion que vos indicateurs de performance.
Méthodes de valorisation de la production stockée et immobilisée
Une fois le périmètre de la production de l’exercice défini, la question centrale devient celle de la valorisation. Comment déterminer le montant à inscrire en production stockée ou immobilisée ? Le Plan Comptable Général répond en imposant la référence au coût de production, concept clé qui vise à refléter le sacrifice économique réellement consenti par l’entreprise pour fabriquer ses biens ou réaliser ses travaux.
La qualité de cette valorisation conditionne directement la pertinence du calcul de la production de l’exercice. Une sous-évaluation pénalise artificiellement le résultat et les capitaux propres, tandis qu’une surévaluation peut masquer des difficultés opérationnelles. L’objectif est donc d’appliquer des méthodes rigoureuses, documentées et stables dans le temps, tout en restant pragmatique et adapté à la taille de votre structure.
Application du coût de production selon l’article 321-10 du PCG
L’article 321-10 du PCG précise que les stocks de produits finis, les en-cours de production et les immobilisations produites par l’entreprise doivent être évalués à leur coût de production. Ce coût comprend les charges directes et la quote-part des charges indirectes rattachables à la fabrication, supportées au cours de l’exercice. Il s’agit donc d’un coût complet de fabrication, mais soigneusement encadré.
Les charges directes regroupent principalement les matières premières, la main-d’œuvre directe et les frais de sous-traitance liés à une commande ou une série donnée. Les charges indirectes correspondent quant à elles aux frais généraux de production : encadrement, énergie, amortissements des machines, entretien des ateliers, etc. Ces charges doivent être ventilées selon des clés rationnelles pour être intégrées au coût de production.
En pratique, le coût de production sert de base commune à plusieurs calculs : valorisation des stocks, détermination de la production immobilisée, mais aussi calcul de la marge industrielle. Veiller à sa fiabilité revient donc à sécuriser l’ensemble de votre analyse de rentabilité. C’est pour cette raison que de nombreuses entreprises s’appuient sur une comptabilité analytique structurée et sur des procédures de clôture précises.
Calcul des charges directes et indirectes incorporables
Pour calculer correctement la production de l’exercice, il est indispensable d’identifier les charges incorporables au coût de production. Les charges directes sont généralement les plus simples à déterminer, car elles sont directement liées à un produit ou à un lot : consommation de matières, heures de main-d’œuvre directe, coûts de sous-traitance spécifiques. Elles sont imputées sans clé de répartition.
Les charges indirectes nécessitent une démarche plus structurée. Elles recouvrent les coûts de structure de l’atelier ou du service de production, qui bénéficient à plusieurs produits simultanément. On pense par exemple aux salaires du chef d’atelier, aux loyers industriels, à l’électricité des machines ou encore aux amortissements du matériel. Ces charges doivent être regroupées dans des centres de coûts avant d’être ventilées sur les produits.
La clé de répartition retenue doit être cohérente avec la consommation réelle de ressources : heures machine, heures de main-d’œuvre, nombre de pièces produites ou volume occupé. Une clé mal choisie pourra donner une image biaisée de la rentabilité de chaque gamme de produits. D’où l’intérêt, pour les entreprises en croissance, de revisiter régulièrement leurs schémas d’imputation pour s’assurer qu’ils restent représentatifs de la réalité opérationnelle.
Exclusion des charges financières et exceptionnelles du coût de production
Le PCG est clair sur un point : certaines charges ne doivent jamais être intégrées au coût de production. C’est le cas des charges financières (intérêts d’emprunts, agios, pertes de change) et des charges exceptionnelles (pénalités, amendes, sinistres non assurés, etc.). Ces éléments n’ont pas vocation à refléter le coût de fabrication, mais plutôt la structure de financement ou les événements non récurrents.
Pourquoi cette exclusion est-elle si importante pour le calcul de la production de l’exercice ? Parce qu’y inclure des charges étrangères au processus productif reviendrait à gonfler artificiellement la valeur des stocks et des immobilisations fabriquées. Vous auriez ainsi une image faussée de votre marge industrielle et de votre performance d’exploitation, en intégrant des coûts qui relèvent d’autres décisions (financement, gestion des risques, etc.).
De la même façon, les charges purement commerciales ou administratives ne doivent pas être incorporées au coût de production, sauf cas très particuliers prévus par les textes. Un bon réflexe consiste à se demander : « Si je n’avais pas produit ce bien, aurais-je tout de même supporté cette charge ? ». Si la réponse est oui, la charge a de fortes chances d’être non incorporable et doit rester en dehors du calcul.
Méthode du coût complet ABC pour l’affectation des charges indirectes
Pour raffiner l’affectation des charges indirectes et améliorer la précision du calcul de la production de l’exercice, de nombreuses entreprises recourent à la méthode du coût complet ABC (Activity-Based Costing). Plutôt que de se contenter de clés globales (heures machine, surface, etc.), l’ABC consiste à rattacher les coûts aux activités, puis à ces activités aux produits.
Concrètement, on commence par identifier les principales activités support (planification, contrôle qualité, maintenance, logistique interne…). Chaque activité devient un « inducteur de coûts », auquel on associe une mesure pertinente : nombre de commandes traitées, nombre de réglages de machines, kilomètres parcourus, etc. Les charges indirectes sont ventilées sur ces activités, puis réparties sur les produits en fonction de leur consommation d’inducteurs.
Cette approche permet d’obtenir un coût de production beaucoup plus fidèle, notamment dans les environnements complexes ou fortement automatisés. Elle met souvent en lumière des produits apparemment rentables mais très consommateurs de ressources indirectes. L’ABC reste toutefois plus lourde à mettre en œuvre et doit être adaptée à la taille et aux enjeux de l’entreprise. Pour une PME, un schéma simplifié peut déjà considérablement améliorer la qualité du calcul de la production.
Techniques de calcul des variations de stocks de production
La variation des stocks de production est une composante essentielle de la production de l’exercice, car elle permet de relier l’effort de fabrication réel au niveau de ventes constaté. En pratique, elle traduit la différence entre ce qui a été produit et ce qui a été cédé aux clients. Une augmentation de stock signifie que l’entreprise a produit davantage qu’elle n’a vendu, tandis qu’une diminution traduit l’effet inverse.
Pour obtenir une production de l’exercice fiable, il est donc crucial de calculer correctement ces variations de stocks. Cette démarche repose sur des inventaires physiques rigoureux, une valorisation cohérente et un traitement approprié des dépréciations et écarts d’inventaire. Sans cela, les soldes intermédiaires de gestion – et en particulier la valeur ajoutée et le résultat d’exploitation – peuvent être significativement déformés.
Formule de calcul : stock final moins stock initial de produits finis
La formule de base de la variation de stocks de produits finis et en-cours est simple : stock final – stock initial. Si le stock final est supérieur au stock initial, la variation est positive et vient augmenter la production de l’exercice. À l’inverse, un stock final inférieur au stock initial génère une variation négative, qui réduit la production de l’exercice.
Cette variation s’enregistre en comptabilité dans les comptes de la classe 71 (713 pour les variations de stocks de produits) et s’intègre directement au calcul de la production de l’exercice. La difficulté ne réside donc pas dans la formule elle-même, mais dans la fiabilité des montants de stock initial et final. Ceux-ci doivent être issus d’un inventaire physique ou permanent, régulièrement rapproché de la réalité.
Pour une entreprise en croissance, il peut être tentant de « laisser filer » les écarts de stock au motif qu’ils s’équilibreront à terme. En réalité, ils peuvent masquer des pertes, des vols, ou des erreurs de process. C’est pourquoi nous recommandons de documenter la méthode de valorisation retenue (coût moyen pondéré, FIFO, etc.) et de l’appliquer de manière constante, en n’en changeant qu’avec une justification solide et une information claire dans l’annexe.
Évaluation des en-cours de production selon la méthode d’avancement
Les en-cours de production représentent les travaux partiellement réalisés à la clôture de l’exercice, qu’il s’agisse de produits non terminés en atelier ou de prestations de services en cours. Leur valorisation selon la méthode d’avancement consiste à estimer le pourcentage de réalisation et à l’appliquer au coût de production total estimé du contrat ou du lot.
Par exemple, si un chantier de 1 000 000 € de coût de production estimé est réalisé à 60 % à la date de clôture, les en-cours seront valorisés à 600 000 €. Cette valorisation viendra alimenter la production de l’exercice, même si la facturation n’est pas encore complète. Le choix des indicateurs d’avancement (heures consommées, jalons techniques, coûts engagés) doit être cohérent avec la nature de l’activité.
Cette méthode suppose une capacité de prévision raisonnable des coûts finaux et un suivi budgétaire régulier. Si les coûts réels s’écartent sensiblement des prévisions, il faudra ajuster les en-cours et donc la production de l’exercice. C’est un exercice délicat, mais indispensable pour que les comptes traduisent fidèlement la réalité économique des projets long terme.
Impact des dépréciations de stocks sur la production de l’exercice
Les dépréciations de stocks viennent corriger la valeur brute des stocks lorsque leur valeur actuelle (valeur nette de réalisation) est inférieure au coût de production. Elles sont comptabilisées en charges (dotations aux provisions pour dépréciation de stocks) et n’affectent pas directement le montant de la production de l’exercice calculé en amont.
Néanmoins, leur impact économique sur l’analyse de la performance est réel. Une politique de provisionnement prudente peut faire apparaître un résultat d’exploitation plus faible, alors même que la production de l’exercice reste élevée. À l’inverse, un sous-provisionnement améliore artificiellement le résultat en maintenant des stocks surévalués au bilan. Vous le voyez, l’interprétation de la production de l’exercice ne peut jamais se faire sans regarder, en parallèle, le niveau de provisions sur stocks.
En pratique, il convient de recenser les stocks obsolètes, endommagés ou à rotation très lente, puis d’estimer leur valeur nette probable de vente. La différence avec le coût de production constitue la base de la dépréciation. Cette démarche doit être documentée, surtout si votre entreprise est auditée, car elle peut modifier sensiblement la vision de la rentabilité et de la capacité de génération de cash.
Traitement des écarts d’inventaire dans le calcul de production
Les écarts d’inventaire – différences entre les stocks théoriques issus de la comptabilité et les stocks physiques constatés – sont inévitables dans la plupart des organisations. Ils peuvent résulter de pertes, de casses, de vols, mais aussi d’erreurs de saisie ou de codification des mouvements de stock. Comment ces écarts impactent-ils le calcul de la production de l’exercice ?
Comptablement, les écarts d’inventaire se traduisent par des écritures d’ajustement des stocks, généralement en charges ou en produits d’exploitation selon qu’il s’agit d’un manque ou d’un surplus. Ces ajustements n’entrent pas dans le calcul direct de la production de l’exercice, qui repose sur la variation de stocks valorisés au coût de production. Ils viennent en revanche affecter le résultat d’exploitation et peuvent révéler des faiblesses de contrôle interne.
Pour limiter leur impact, il est recommandé de mettre en place des inventaires tournants, des procédures de réception et de sortie de stock rigoureuses, ainsi que des rapprochements réguliers entre les systèmes de gestion de stock et la comptabilité. Une analyse annuelle des écarts significatifs permet aussi de distinguer ce qui relève d’aléas normaux de ce qui traduit un problème structurel. En sécurisant vos inventaires, vous fiabilisez mécaniquement le calcul de la production de l’exercice.
Comptabilisation de la production immobilisée selon les comptes 72
La production immobilisée est comptabilisée de manière spécifique dans le PCG, via les comptes de la sous-classe 72. Ces comptes enregistrent la contrepartie en produits de la fabrication, par l’entreprise, de ses propres immobilisations corporelles ou incorporelles. Il peut s’agir par exemple de la construction d’un bâtiment industriel réalisé en interne, du développement d’un logiciel maison ou de la fabrication d’un outil de production spécifique.
Sur le plan comptable, l’écriture type consiste à débiter le compte d’immobilisation concerné (par exemple 215 pour les installations techniques ou 205 pour les concessions et droits similaires) et à créditer le compte 72 – Production immobilisée. Cette écriture augmente à la fois l’actif immobilisé et les produits d’exploitation, ce qui vient majorer la production de l’exercice sans création immédiate de chiffre d’affaires.
La valorisation de cette production immobilisée doit respecter les mêmes règles que pour les stocks : application du coût de production tel que défini par l’article 321-10 du PCG, exclusion des charges financières et exceptionnelles, documentation des bases de calcul. En pratique, il est fréquent de s’appuyer sur des feuilles de temps, des tableaux de coûts de matières et des clés de répartition des charges indirectes. Une traçabilité insuffisante peut conduire l’audit à remettre en cause tout ou partie de la production immobilisée enregistrée.
Du point de vue de l’analyse financière, la production immobilisée est un indicateur intéressant de votre dynamique d’investissement interne. Une entreprise technologique qui développe ses propres plateformes logicielles, par exemple, affichera souvent une part significative de production immobilisée dans sa production de l’exercice. Il faudra toutefois garder à l’esprit que cette production ne génère pas immédiatement de cash et qu’elle s’accompagne, les années suivantes, de dotations aux amortissements qui viendront réduire le résultat.
Contrôles et vérifications des calculs de production
La fiabilisation du calcul de la production de l’exercice ne repose pas uniquement sur la bonne application des règles comptables. Elle suppose également la mise en place de contrôles et de rapprochements systématiques entre les différentes sources d’information : comptabilité générale, comptabilité analytique, systèmes de gestion de production, etc. Sans ces contrôles, même une méthode théoriquement correcte peut aboutir à des montants erronés.
Nous pouvons considérer ce dispositif de contrôle comme un « filet de sécurité » qui permet de détecter les incohérences, de corriger les erreurs de saisie et d’identifier les choix de méthodes à revoir. Il est particulièrement important dans les entreprises multi-sites ou multi-activités, où la complexité organisationnelle augmente le risque d’anomalies. Voyons les principaux points de vigilance à intégrer dans votre processus de clôture.
Réconciliation entre comptabilité analytique et comptabilité générale
La première vérification consiste à rapprocher les données issues de la comptabilité analytique (coûts de production, marges par produit, charges indirectes réparties) avec celles de la comptabilité générale. Les deux visions doivent converger vers un même montant de production de l’exercice, sous peine de rendre les analyses de rentabilité difficilement exploitables.
Concrètement, il s’agit de comparer les soldes des centres de coûts de production, les coûts standards et réels, ainsi que les tableaux de marge avec les comptes de la classe 7 (ventes, production stockée et immobilisée). Les écarts constatés doivent être documentés : s’agit-il de différences de périmètre, de charges non incorporables, d’erreurs d’imputation ? Cette réconciliation est un exercice quasi incontournable lors des travaux de clôture annuelle.
En procédant à ce rapprochement, vous renforcez également la crédibilité de vos tableaux de bord internes vis-à-vis des partenaires externes (banquiers, investisseurs, commissaires aux comptes). Une comptabilité analytique bien alignée avec la comptabilité générale devient un atout majeur pour piloter l’amélioration continue, ajuster les prix de vente et arbitrer entre différentes lignes de produits.
Audit des pièces justificatives de la production immobilisée
La production immobilisée attire généralement une attention particulière des auditeurs, car elle repose largement sur des évaluations internes et non sur des factures de tiers. Pour sécuriser cette composante de la production de l’exercice, il est indispensable de constituer un dossier justificatif solide pour chaque projet significatif d’immobilisation produite.
Ce dossier comporte idéalement le descriptif du projet, le budget initial, les feuilles de temps des équipes, le détail des consommations de matières, ainsi que les clés de répartition des charges indirectes appliquées. Il doit permettre à un tiers – par exemple un commissaire aux comptes – de comprendre comment le montant inscrit au compte 72 a été déterminé. Plus ce dossier est structuré, plus l’audit sera fluide.
Ne sous-estimons pas l’enjeu : une remise en cause de la production immobilisée peut entraîner une réduction de la production de l’exercice, une baisse des capitaux propres et, potentiellement, une remise en cause de certains covenants bancaires. En investissant un peu de temps dans la formalisation de vos procédures et de vos pièces justificatives, vous limitez fortement ce risque.
Validation des méthodes d’évaluation par le commissaire aux comptes
Pour les entreprises soumises à l’audit légal, le commissaire aux comptes doit apprécier la pertinence et la constance des méthodes retenues pour évaluer la production de l’exercice. Cela concerne aussi bien la valorisation des stocks, la méthode d’avancement des en-cours que le calcul de la production immobilisée. L’objectif est de s’assurer que les comptes donnent une image fidèle de la situation financière et du résultat.
Dans la pratique, le commissaire aux comptes examinera vos procédures, réalisera des tests de cohérence et pourra demander des simulations d’impact si vous changez de méthode d’évaluation (par exemple, passage d’un coût standard à un coût réel, ou modification de clés de répartition). Il vérifiera aussi que les méthodes appliquées sont conformes au PCG et, le cas échéant, aux référentiels sectoriels spécifiques.
Pour faciliter cette validation, il est judicieux de documenter par écrit les méthodes retenues, les hypothèses d’avancement des projets et les raisons d’éventuels changements d’une année sur l’autre. Cette documentation, annexée à vos dossiers de clôture, sécurise non seulement le travail du commissaire aux comptes, mais aussi la compréhension future de vos propres équipes, en cas de renouvellement ou de croissance rapide de l’organisation.
Impact fiscal et déclarations obligatoires de la production calculée
La production de l’exercice n’est pas seulement un indicateur de gestion ou un agrégat comptable. Elle a également des conséquences fiscales importantes, car elle influence le résultat imposable, la détermination de la valeur ajoutée et, par ricochet, certains impôts et contributions. Comprendre ces liens permet d’anticiper l’impact de vos choix de méthodes de calcul sur la charge fiscale globale de l’entreprise.
En premier lieu, la production de l’exercice participe à la formation du résultat d’exploitation, donc du résultat fiscal soumis à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu pour les structures transparentes. Une surévaluation de la production stockée ou immobilisée augmentera mécaniquement le bénéfice imposable à court terme, même si elle ne s’accompagne pas d’entrées de trésorerie immédiates. À l’inverse, une prudence excessive dans les évaluations peut réduire temporairement l’impôt, mais au prix d’une image affaiblie de la performance.
La production de l’exercice intervient également dans le calcul de la valeur ajoutée, base de la CVAE (jusqu’à sa suppression complète programmée) et d’autres contributions économiques. En France, la valeur ajoutée est fortement corrélée à la production et aux consommations en provenance de tiers. Une hausse de production, à consommations constantes, tend donc à accroître la valeur ajoutée et, potentiellement, la charge fiscale associée.
En matière de déclarations, les entreprises doivent fournir des informations détaillées sur leur chiffre d’affaires, leurs stocks et leurs immobilisations dans les liasses fiscales (formulaires 2050 et suivants). Les montants de production stockée et immobilisée y apparaissent à travers les variations de stocks et les mouvements d’immobilisations. Les incohérences entre ces données et les comptes annuels peuvent attirer l’attention de l’administration fiscale.
Pour limiter les risques de redressement, il est recommandé de :
- documenter clairement les méthodes de valorisation utilisées pour la production stockée et immobilisée ;
- vérifier la cohérence entre les montants déclarés dans la liasse fiscale et ceux des états financiers ;
- anticiper, avec votre conseil, l’impact fiscal de projets importants de production immobilisée ou de variations significatives de stock.
En définitive, le calcul de la production de l’exercice est au croisement de la comptabilité, de la gestion et de la fiscalité. En le maîtrisant, vous vous donnez les moyens de piloter plus finement votre performance, de dialoguer efficacement avec vos partenaires financiers et de sécuriser vos obligations déclaratives. C’est un investissement technique qui se révèle rapidement créateur de valeur pour l’entreprise.