Méthode complète pour le calcul des amortissements dégressifs

# Méthode complète pour le calcul des amortissements dégressifs

L’amortissement dégressif constitue un levier fiscal stratégique pour les entreprises souhaitant optimiser leur charge d’impôt lors de l’acquisition d’équipements professionnels. Cette méthode comptable, encadrée par le Code général des impôts, permet de répartir le coût d’une immobilisation de manière décroissante sur sa durée d’utilisation. Contrairement à l’amortissement linéaire qui répartit uniformément la charge, le mode dégressif concentre les dotations aux amortissements sur les premières années, reflétant ainsi une dépréciation économique plus rapide. Cette approche s’avère particulièrement pertinente pour les biens industriels et technologiques soumis à une obsolescence accélérée. Maîtriser les mécanismes de calcul de l’amortissement dégressif devient donc essentiel pour tout responsable financier ou chef d’entreprise désireux d’optimiser sa trésorerie et sa fiscalité.

Définition et cadre réglementaire de l’amortissement dégressif selon le code général des impôts

L’amortissement dégressif représente une mesure fiscale dérogatoire qui permet aux entreprises de constater une dépréciation accélérée de leurs immobilisations. Cette méthode s’inscrit dans un cadre juridique précis défini par le Code général des impôts, qui fixe les conditions d’éligibilité et les modalités d’application. Son objectif principal consiste à encourager l’investissement productif en offrant un avantage fiscal temporaire aux entreprises qui renouvellent leurs équipements.

Le principe fondamental repose sur l’application d’un taux constant à la valeur nette comptable résiduelle du bien, et non sur sa valeur d’origine comme dans le mode linéaire. Cette particularité génère des annuités décroissantes qui diminuent progressivement au fil des exercices comptables. Vous constaterez ainsi que les premières années d’utilisation supportent une charge d’amortissement nettement supérieure, procurant un effet de levier fiscal immédiat particulièrement intéressant pour les entreprises en phase d’investissement.

Article 39 A du CGI : conditions d’éligibilité et actifs concernés

L’article 39 A du Code général des impôts constitue le socle réglementaire de l’amortissement dégressif en France. Ce texte établit que seuls les biens d’équipement neufs peuvent bénéficier de ce régime privilégié. Les biens d’occasion se trouvent systématiquement exclus, sauf exceptions très limitées concernant notamment les équipements rénovés par le constructeur. Cette restriction vise à favoriser l’acquisition de matériels récents et performants.

Les catégories d’actifs éligibles incluent principalement le matériel et l’outillage industriel, les équipements de manutention, les installations productrices de vapeur ou d’énergie, ainsi que les matériels de bureau à l’exception des machines à écrire. Les installations destinées à l’épuration des eaux et à l’assainissement atmosphérique figurent également parmi les biens concernés. Vous devez noter que cette liste, bien que large, reste limitative et nécessite une vérification attentive avant d’opter pour ce mode d’amortissement.

Distinction entre amortissement linéaire et dégressif selon le plan comptable général

Le plan comptable général reconnaît deux méthodes principales d’amortissement qui répondent à des logiques distinctes. L’amortissement linéaire reflète une consommation régulière des avantages économiques du bien, avec des annuités identiques calculées sur la valeur d’origine. Cette approche convient particulièrement aux actifs

dont l’utilisation et la perte de valeur sont relativement stables dans le temps (mobilier, constructions, certains matériels standard). À l’inverse, l’amortissement dégressif part du postulat que le bien perd davantage de valeur économique au début de sa vie, ou qu’il génère plus de revenus dans les premières années. Les dotations ne sont donc pas constantes : elles sont plus élevées au départ puis diminuent progressivement, car le taux est appliqué non plus à la valeur d’origine, mais à la valeur nette comptable résiduelle.

Sur le plan comptable, le plan comptable général rappelle que le mode d’amortissement doit refléter au mieux le rythme de consommation des avantages économiques du bien. En principe, le mode linéaire reste la référence, et le mode dégressif relève d’un traitement fiscal dérogatoire qu’il convient de justifier. Autrement dit, vous pouvez parfaitement calculer un amortissement économique linéaire, tout en pratiquant un amortissement fiscal dégressif, la différence étant alors comptabilisée en amortissement dérogatoire. Cette dissociation permet de respecter les principes comptables tout en bénéficiant de l’avantage fiscal prévu par le Code général des impôts.

Durée d’utilisation fiscale et coefficients dégressifs applicables par catégorie d’immobilisation

La durée d’utilisation retenue pour l’amortissement dégressif n’est pas fixée arbitrairement : elle doit correspondre à la durée normale d’utilisation du bien, appréciée en fonction de sa nature, de son usage et de son obsolescence probable. L’administration fiscale admet des usages par catégories d’immobilisations (par exemple 3 ans pour certains matériels informatiques, 5 à 7 ans pour du matériel industriel, 10 ans ou plus pour certains équipements lourds). C’est cette durée fiscale qui sert de base au calcul du taux linéaire et, par ricochet, du taux dégressif.

Une fois cette durée déterminée, on applique un coefficient dégressif prévu par l’article 39 A du CGI. Ce coefficient majore le taux linéaire de référence afin d’accélérer l’amortissement :

Durée normale d’utilisation Coefficient dégressif standard
3 à 4 ans 1,25
5 à 6 ans 1,75
Plus de 6 ans 2,25

Pour certains matériels de recherche scientifique et technique, ces coefficients peuvent être majorés (1,50 ; 2 ; 2,50 selon la durée), ce qui accroît encore l’intérêt de l’amortissement dégressif dans ces secteurs. La combinaison « durée d’utilisation fiscale + coefficient dégressif » est donc au cœur du calcul, et un mauvais choix de durée peut fausser tout votre plan d’amortissement, voire être remis en cause lors d’un contrôle.

Exclusions légales : véhicules de tourisme et immobilier professionnel

Le régime de l’amortissement dégressif est strictement encadré : il ne s’applique pas à toutes les immobilisations inscrites à l’actif. Le Code général des impôts exclut notamment les véhicules de tourisme, les camionnettes de faible charge utile, certains matériels commerciaux et, de manière générale, l’immobilier professionnel classique (bureaux, locaux commerciaux, entrepôts utilisés pour l’exploitation). Ces actifs doivent être amortis selon des modalités linéaires classiques, voire faire l’objet d’un régime spécifique (par exemple pour certains immeubles).

Autre exclusion importante : les biens usagés ou d’occasion, sauf cas limitativement prévus (matériels entièrement rénovés par le fabricant, biens repris lors d’opérations de fusion ou d’apport sous conditions). L’esprit du texte est clair : l’État souhaite encourager l’investissement dans du matériel neuf et productif, pas refinancer indéfiniment des équipements déjà amortis ailleurs. Avant de bâtir un plan d’amortissement dégressif, il est donc indispensable de vérifier que chaque immobilisation entre bien dans le champ d’application de l’article 39 A et de ses textes d’application.

Calcul du coefficient d’amortissement dégressif selon la durée d’utilisation

Application du coefficient 1,25 pour les biens amortissables sur 3 à 4 ans

Pour les immobilisations dont la durée normale d’utilisation est comprise entre 3 et 4 ans, le législateur a fixé un coefficient dégressif de 1,25. Concrètement, vous commencez par déterminer le taux linéaire, en divisant 100 par la durée d’utilisation : par exemple, un bien amorti sur 4 ans aura un taux linéaire de 25 %. Vous multipliez ensuite ce taux par 1,25, ce qui donne un taux dégressif de 31,25 % (25 % × 1,25).

Ce coefficient relativement modéré correspond souvent à des biens à obsolescence rapide mais de durée de vie limitée : matériel informatique professionnel amorti sur 3 ans, petits équipements de production ou de laboratoire, certains outillages spécifiques. Vous obtenez ainsi un compromis entre une accélération de l’amortissement et une répartition encore relativement équilibrée sur la durée. Pour un dirigeant, cela permet de réduire le résultat imposable dès les premières années, sans créer un « trou » trop important dans les charges futures.

Coefficient 1,75 pour les immobilisations de 5 à 6 ans de durée fiscale

Lorsque la durée fiscale d’utilisation d’une immobilisation se situe entre 5 et 6 ans, le coefficient applicable passe à 1,75. C’est le cas typique de nombreuses machines industrielles, matériels de manutention ou équipements de transport interne à l’entreprise. Prenons un bien amorti sur 5 ans : le taux linéaire est de 20 % (100 / 5). En appliquant le coefficient 1,75, vous obtenez un taux dégressif de 35 %.

Ce taux plus élevé entraîne mécaniquement des dotations d’amortissement beaucoup plus importantes les premières années, puisque les 35 % s’appliquent à une base encore élevée. C’est une forme d’« amortissement accéléré » qui colle bien à la réalité économique de matériels fortement sollicités au début, ou susceptibles d’être dépassés techniquement au bout de quelques exercices. Vous vous demandez s’il est judicieux de retenir 5 ou 6 ans ? Dans la pratique, ce choix doit être cohérent avec les usages du secteur et la politique d’investissement de l’entreprise, car il conditionne directement le rythme de l’avantage fiscal.

Coefficient 2,25 pour les équipements industriels supérieurs à 6 ans

Pour les immobilisations dont la durée d’utilisation excède 6 ans, le coefficient dégressif grimpe à 2,25. Il concerne en général les équipements lourds : grosses installations industrielles, matériels de travaux publics, certains équipements énergétiques ou de process. Supposons une machine amortissable sur 8 ans : le taux linéaire est de 12,5 % (100 / 8). Multiplié par 2,25, il donne un taux dégressif de 28,125 %.

Avec un tel coefficient, l’effet d’accélération de l’amortissement est particulièrement marqué sur les premières années. Sur le plan économique, cela se justifie par le fait que ces équipements, bien qu’ayant une longue durée de vie technique, perdent souvent très vite une partie de leur valeur économique en raison de l’évolution des procédés ou des technologies. Sur le plan fiscal, le législateur offre ainsi aux entreprises la possibilité de récupérer plus rapidement, via des économies d’impôt, une partie de l’effort d’investissement consenti. Il convient toutefois de manier ce levier avec précaution, car l’option est irrévocable pour la catégorie de biens concernée.

Formule de calcul et application du taux dégressif sur la valeur nette comptable

Détermination de la base amortissable initiale et valeur d’origine HT

Avant de pouvoir appliquer un taux d’amortissement dégressif, il faut définir avec précision la base amortissable. Celle-ci correspond au coût d’acquisition du bien, généralement hors taxes, auquel s’ajoutent tous les frais directement attribuables à sa mise en service : frais de livraison, installation, réglages, éventuels droits de douane, etc. Si la TVA n’est pas récupérable (cas de certaines professions ou régimes spécifiques), le montant TTC vient alors gonfler la base amortissable.

La formule de base est la suivante : Base amortissable = prix d’achat HT + frais accessoires HT. Cette base reste fixe tout au long de la vie du bien ; ce qui évolue chaque année, en revanche, c’est la valeur nette comptable (VNC), obtenue en retranchant du coût d’origine le cumul des amortissements déjà pratiqués. C’est sur cette VNC, et non sur la base initiale, que se calcule chaque annuité d’amortissement dégressif. Un peu comme si, chaque année, vous recalculiez votre « pourcentage d’usure » sur ce qu’il reste réellement du bien.

Calcul du taux dégressif : formule (100 / durée) × coefficient

Le calcul du taux dégressif suit une formule simple, mais qu’il convient de bien maîtriser pour éviter toute erreur dans votre tableau d’amortissement. On commence par déterminer le taux linéaire : il s’obtient en divisant 100 par la durée d’utilisation en années. Par exemple, une durée de 5 ans donne un taux linéaire de 20 %, une durée de 4 ans donne un taux de 25 %, etc. Ce taux linéaire représente la répartition « classique » du coût sur la durée.

On applique ensuite le coefficient dégressif correspondant à la durée (1,25 ; 1,75 ; 2,25). La formule complète devient : Taux dégressif = (100 / durée) × coefficient. Si l’on reprend notre bien amorti sur 5 ans, avec un coefficient de 1,75, on obtient : 100 / 5 = 20 %; 20 % × 1,75 = 35 %. Ce taux dégressif reste constant dans le temps, mais il s’applique chaque année à une base qui, elle, diminue : la valeur nette comptable. C’est cette combinaison « taux constant × base décroissante » qui produit des annuités dégressives.

Application du prorata temporis pour les acquisitions en cours d’exercice

Rarement les immobilisations sont acquises le 1er janvier : comment traiter alors une machine mise en service en cours d’exercice ? En amortissement dégressif, le prorata temporis se calcule en mois complets, à compter du premier jour du mois de mise en service. Ainsi, un bien mis en service le 15 juin sera réputé amortissable à partir du 1er juin, soit 7 mois pour l’exercice clos au 31 décembre.

La formule de l’annuité dégressive de première année devient alors : Annuité N = Base amortissable × taux dégressif × (nombre de mois / 12). Cette précision est essentielle, car une erreur sur le prorata peut fausser l’ensemble du plan d’amortissement dégressif. À partir de la deuxième année, en revanche, l’annuité est calculée sur 12 mois complets, à taux constant, mais appliqué à la VNC en début d’exercice. Vous voyez l’idée : la première année, on ajuste le volume de charge à la période réelle d’utilisation.

Passage obligatoire au mode linéaire : seuil de basculement automatique

Une particularité souvent méconnue de l’amortissement dégressif tient à son articulation avec le mode linéaire sur la fin de vie du bien. La réglementation impose en effet de basculer au mode linéaire lorsque l’annuité obtenue en dégressif devient inférieure à celle qu’aurait produit un linéaire calculé sur la durée restante. Concrètement, à l’ouverture de chaque exercice, vous comparez :

  • l’annuité dégressive théorique (VNC × taux dégressif) ;
  • l’annuité linéaire sur la VNC, calculée en divisant la VNC par le nombre d’années restant à courir.

Dès que l’annuité linéaire sur la durée restante dépasse l’annuité dégressive, vous devez abandonner le mode dégressif et poursuivre jusqu’au terme en utilisant le linéaire. Ce mécanisme garantit que le bien sera totalement amorti sur la durée prévue, sans laisser de valeur résiduelle non amortie. On peut l’assimiler à une rampe de décélération : le dégressif permet de « freiner vite » au début, puis le linéaire prend le relais pour finir proprement le trajet.

Comptabilisation des dotations aux amortissements dégressifs dans les comptes annuels

Écritures comptables : compte 68112 et amortissements dérogatoires 145

Sur le plan comptable, l’amortissement dégressif relève d’un amortissement dérogatoire, car il s’écarte du rythme économique « normal » de consommation du bien. En pratique, l’entreprise enregistre souvent un amortissement comptable linéaire (compte 68112 / 28x), puis constate l’écart fiscal en dotation ou en reprise d’amortissements dérogatoires (compte 68715 / 145 ou 145 / 78715). Ce schéma permet de distinguer l’amortissement économique de l’avantage purement fiscal.

Lorsque l’annuité fiscale dégressive est supérieure à la dotation comptable linéaire, la différence est comptabilisée en dotation aux amortissements dérogatoires (débité au compte 68715, crédité au compte 145). Inversement, lors des dernières années, lorsque la dotation comptable dépasse l’amortissement fiscal, on enregistre une reprise d’amortissement dérogatoire (débit 145, crédit 78715). Au passif du bilan, le compte 145 figure dans les provisions réglementées et matérialise l’avantage fiscal temporaire obtenu grâce au mode dégressif.

Tableau d’amortissement dégressif : construction et suivi pluriannuel

Pour suivre correctement vos immobilisations, il est indispensable d’établir un tableau d’amortissement dégressif par bien ou par groupe homogène de biens. Ce tableau reprend, exercice par exercice, la base amortissable, le taux dégressif, l’annuité pratiquée, le cumul des amortissements et la valeur nette comptable de fin d’exercice. Il permet de visualiser d’un coup d’œil le rythme de consommation du bien et l’impact sur le résultat fiscal.

Un tableau type comportera par exemple les colonnes suivantes : année d’amortissement, nombre d’années restant à courir, VNC début d’exercice, taux dégressif, annuité, cumul des amortissements, VNC fin d’exercice, et, le cas échéant, annuité linéaire théorique pour identifier l’année de basculement. Un tel outil facilite non seulement la préparation des comptes annuels, mais aussi la communication avec votre expert-comptable ou vos commissaires aux comptes. En cas de contrôle fiscal, il constitue également un justificatif précieux de la bonne application du régime dégressif.

Intégration dans la liasse fiscale : formulaire 2055 et annexe 2033

Les amortissements dégressifs ne se limitent pas à un simple calcul interne : ils doivent être correctement intégrés à la liasse fiscale. Pour les entreprises soumises au régime réel normal, les mouvements d’immobilisations et les amortissements sont détaillés dans le formulaire 2055 (tableau des immobilisations et amortissements), qui distingue clairement les modes linéaire, dégressif et exceptionnel. Les entreprises relevant du régime simplifié utilisent l’annexe 2033-C, avec un niveau de détail allégé mais des exigences similaires quant au respect des règles fiscales.

Les amortissements dérogatoires, eux, impactent par ailleurs certains tableaux de la liasse (provisions réglementées, retraitements extra-comptables). Une mauvaise ventilation entre amortissements économiques et amortissements dégressifs peut conduire à un résultat fiscal erroné et, in fine, à un rappel d’impôt. Vous avez donc tout intérêt à documenter soigneusement vos choix de modes d’amortissement et à vous assurer de la cohérence entre votre comptabilité et vos déclarations fiscales.

Cas pratiques et exemples chiffrés d’amortissement dégressif

Exemple machine industrielle acquise à 100 000 € sur 5 ans avec coefficient 1,75

Imaginons une machine industrielle neuve, éligible à l’amortissement dégressif, acquise pour 100 000 € HT et mise en service le 1er janvier. Sa durée d’utilisation fiscale est fixée à 5 ans. Le taux linéaire est donc de 20 % (100 / 5), et le coefficient dégressif de 1,75, ce qui donne un taux dégressif de 35 % (20 % × 1,75). La base amortissable est de 100 000 €.

Nous appliquons chaque année les 35 % à la valeur nette comptable de début d’exercice, jusqu’au moment où l’annuité dégressive devient inférieure à l’annuité linéaire sur la durée restante. À titre indicatif, le tableau d’amortissement dégressif se présentera ainsi (hors prorata) :

Année VNC début Taux Annuité VNC fin
1 100 000 € 35 % 35 000 € 65 000 €
2 65 000 € 35 % 22 750 € 42 250 €
3 42 250 € 35 % 14 787,50 € 27 462,50 €
4 27 462,50 € linéaire (2 ans) 13 731,25 € 13 731,25 €
5 13 731,25 € linéaire (1 an) 13 731,25 € 0 €

On voit bien ici le mécanisme de bascule : en année 4, l’annuité dégressive (27 462,50 € × 35 % = 9 611 €) est inférieure à l’annuité linéaire sur 2 ans (27 462,50 € / 2 = 13 731,25 €). Il devient alors obligatoire de passer au linéaire. Ce cas illustre comment l’amortissement dégressif concentre plus d’un tiers de la base amortissable (35 000 €) dès la première année, créant une économie d’impôt sur les sociétés significative.

Calcul d’un matériel informatique professionnel amorti sur 3 ans

Prenons maintenant un matériel informatique professionnel (serveur, station de travail haut de gamme) acquis neuf pour 9 000 € HT, mis en service le 1er avril et amortissable sur 3 ans. Le taux linéaire est de 33,33 % (100 / 3), le coefficient dégressif applicable est de 1,25, soit un taux dégressif de 41,67 % (33,33 % × 1,25). La première année, nous appliquons un prorata temporis de 9/12 (d’avril à décembre).

L’annuité N se calcule donc ainsi : 9 000 € × 41,67 % × (9 / 12) ≈ 2 812 €. La VNC fin N est de 6 188 €. En N+1, l’annuité dégressive théorique serait de 6 188 € × 41,67 % ≈ 2 578 €. L’annuité linéaire sur la durée restante (2 ans) serait de 6 188 € / 2 ≈ 3 094 €. Dès N+1, on constate que l’annuité linéaire devient plus élevée que l’annuité dégressive : il faut donc basculer au linéaire pour les deux dernières années. Vous voyez qu’avec des durées courtes, le mode dégressif a un impact concentré surtout sur la première année.

Équipement mobilier de bureau : comparaison linéaire versus dégressif

Supposons maintenant un ensemble de mobilier de bureau neuf pour 20 000 € HT, avec une durée d’utilisation évaluée à 10 ans. En linéaire, le taux serait de 10 % et l’annuité constante de 2 000 € par an. En dégressif, le coefficient applicable est de 2,25, ce qui donne un taux de 22,5 % (10 % × 2,25). Vous appliquez ce taux à la VNC au début de chaque exercice, jusqu’à ce que le linéaire sur la durée restante devienne plus favorable.

Sur les trois premières années, les annuités seraient respectivement de 4 500 €, 3 487,50 € et 2 703,56 € environ, contre 2 000 € en linéaire chaque année. La différence cumulée de charges sur ces trois exercices représente près de 6 700 € supplémentaires, venant réduire d’autant votre résultat imposable à court terme. En contrepartie, les dernières années verront des dotations plus faibles, voire un « rattrapage » par amortissements linéaires supérieurs à ceux du dégressif. Cette comparaison illustre bien l’arbitrage à effectuer entre lisser la charge sur 10 ans ou la concentrer sur les premières années.

Impact fiscal et économie d’impôt sur sociétés générée par la méthode dégressive

Dans les exemples précédents, nous avons vu que l’amortissement dégressif permet de constater plus rapidement des charges d’amortissement. Mais quel est l’impact concret sur l’impôt sur les sociétés ? Prenons la machine industrielle de 100 000 € amortie sur 5 ans. En linéaire, l’annuité serait de 20 000 € par an. En dégressif, elle s’élève à 35 000 € la première année. L’écart de 15 000 € vient réduire d’autant le résultat fiscal de l’exercice.

Pour une société soumise à l’impôt sur les sociétés au taux de 25 % (taux en vigueur pour la plupart des entreprises depuis 2022), cet écart se traduit par une économie d’impôt immédiate de 3 750 € (15 000 € × 25 %). Certes, cette économie sera partiellement « rattrapée » les années suivantes, lorsque les dotations en dégressif deviendront inférieures à celles qu’aurait produites le linéaire. Mais du point de vue de la trésorerie, disposer de cette économie dès la première année peut représenter un avantage déterminant, notamment en phase de démarrage ou de forte croissance. L’amortissement dégressif agit alors comme une avance de trésorerie consentie par le fisc.

Optimisation fiscale et stratégies de choix entre modes d’amortissement

Face à ces mécanismes, une question se pose naturellement : quand privilégier l’amortissement dégressif plutôt que le linéaire ? La réponse dépend de plusieurs paramètres : profil de rentabilité de l’entreprise, visibilité sur les résultats futurs, nature des investissements, besoins de trésorerie. Si vous anticipez des bénéfices élevés les premières années suivant l’investissement, le mode dégressif permettra de réduire immédiatement votre base imposable et de lisser l’effort fiscal dans le temps. À l’inverse, si vos résultats sont plus modestes au démarrage et doivent croître ensuite, un linéaire peut s’avérer plus cohérent.

Il faut également tenir compte du fait que l’option pour l’amortissement dégressif est irrévocable pour la catégorie d’immobilisations concernée : vous ne pourrez pas revenir au linéaire pour un bien appartenant à la même famille. Une approche prudente consiste donc à combiner analyse économique (rythme réel de consommation du bien), simulation fiscale (projection des résultats et du cash-flow) et sécurisation comptable (respect des prescriptions du plan comptable général). En pratique, la plupart des entreprises arbitrent bien souvent bien par bien, en se faisant accompagner par leur expert-comptable.

Retenez enfin que l’amortissement dégressif n’est qu’un outil parmi d’autres dans la boîte à outils de l’optimisation fiscale : il peut se combiner avec des dispositifs de suramortissement sectoriels, des crédits d’impôt ou des régimes d’exonération temporaires. Utilisé à bon escient, il vous permet d’aligner davantage votre fiscalité sur la réalité économique de vos investissements, tout en préservant votre trésorerie aux moments clés du cycle de vie de vos équipements.

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